Mon premier emménagement à deux, ce que les cartons ont révélé

Premier emménagement à deux avec cartons ouverts révélant souvenirs et objets personnels dans un salon lumineux

Mon premier emménagement à deux a commencé avec le bruit sec du scotch arraché sur un carton de cuisine, posé devant le canapé, chez IKEA Purpan. L’odeur de carton fermé et de poussière de placard m’a sauté au nez, puis j’ai vu les casseroles, les mugs dépareillés et les verres qui tintaient. Mon compagnon tenait le couvercle, le chat tigré tournait autour des pieds, et je suis devenue méfiante devant ce carton qui promettait déjà du tri.

Je ne partais pas de zéro, mais tout était à refaire

Je travaillais déjà à la rédaction à Toulouse, avec des journées longues et des soirées courtes. En tant qu’ancienne déménageuse devenue rédactrice, j’avais gardé le réflexe de regarder le poids avant de regarder l’étiquette. J’avais aussi 47 euros de scotch, deux marqueurs et des cartons solides, parce que les récupérés pliaient dès qu’on les chargeait un peu.

Je n’étais pas seule dans cette histoire, et c’est là que tout s’est compliqué. Mon compagnon avait ses livres, ses papiers, ses câbles et cette manie de garder un objet « au cas où », même après 18 mois sans usage. De mon côté, j’avais mes casseroles, mes boîtes de vis et mes classeurs déjà trop pleins, avec des habitudes de rangement qui ne se ressemblaient pas du tout.

Je pensais qu’un tri de 1 heure suffirait, puis qu’on rangerait vite les pièces une par une. J’étais restée persuadée que deux manières de faire pouvaient se rejoindre sans heurt, juste avec un peu de place et de logique. Je me suis trompée dès le premier soir, parce que nos cartons racontaient déjà nos façons de vivre, et elles n’allaient pas dans le même sens.

Le lundi suivant, j’ai passé 2 soirées entières à ouvrir, refermer, déplacer, puis reposer les mêmes piles sur le sol du salon. Je me suis retrouvée à genoux près d’un carton marqué « cuisine », sans savoir si j’allais trouver une louche, un chargeur ou une paire de ciseaux. J’étais sûre de moi au départ, puis j’ai commencé à douter à chaque couvercle qu’on soulevait.

Le carton « divers » et les autres révélations du désordre

Le carton « divers » pesait 9 kilos, et je l’ai senti avant même de le lever. Quand j’ai coupé le scotch, l’odeur de carton fermé mêlée à la poussière m’a pris à la gorge. À l’intérieur, il y avait des piles, trois vis, un adaptateur sans prise, deux télécommandes et un chargeur dont on ne savait plus rien.

Ce carton a montré notre différence sans un mot. Lui gardait un câble parce qu’il pouvait encore servir, moi je voulais m’en débarrasser dès qu’il n’avait pas bougé depuis 18 mois. J’ai été frappée par le silence qui a suivi, parce qu’on n’était pas en train de trier des objets, mais nos habitudes.

La cuisine a parlé la première, et elle n’a pas été tendre. Dans 24 cartons, on a retrouvé deux séries de mugs, trois casseroles presque identiques et des verres dépareillés qui s’entrechoquaient avec un bruit sec. J’ai gardé un seul lot de base, puis j’ai mis de côté le reste, parce qu’on n’avait pas la place pour tout remonter.

Les livres ont posé un autre problème. J’avais trop rempli le carton, comme une idiote, et le fond avait commencé à bomber avant même que je l’attrape par dessous. Dans l’escalier, le carton s’est tordu d’un coup, le scotch a travaillé, et j’ai senti ses rabats ressortir sous mes doigts.

Le carton « salle de bain » m’a agacée d’une autre manière. Il était marqué seulement « bazar », et je l’ai ouvert 4 fois avant de trouver la brosse, les chargeurs et le linge de rechange. Sur le coup, j’ai lâché un « pas terrible » très net, parce que je perdais du temps à cause d’une étiquette trop vague.

À la fin de la journée, le carton mou au toucher m’a rappelé qu’un vieux stockage garde toujours une trace. L’odeur de renfermé était là, et le bord du carton s’écrasait dès qu’on appuyait un peu. Les choses lourdes avaient glissé sur les fragiles, et j’ai vu une assiette fendue au fond, coincée sous un mug.

Le pire, c’est que je croyais avancer. En réalité, je faisais des allers-retours entre le salon et le couloir, avec des piles qui penchaient et des rabats mal fermés. Je suis rentrée fatiguée au bout de 12 minutes de portage pour un seul carton de livres, et j’ai compris que la méthode était le vrai problème.

Le moment où j’ai compris qu’il fallait changer notre façon de faire

Le déclic est venu d’un carton que je pensais léger. J’y ai trouvé une multiprise, deux draps, trois chargeurs et quatre mugs de secours, tous mélangés sans logique. Je me suis retrouvée debout au milieu du salon, le carton ouvert sur les genoux, et j’ai compris que le vrai tri devait se faire avant le déménagement.

Depuis mes années de déménageuse, devenue rédactrice, je sais qu’un carton flou se paie toujours au déballage. On a donc refait les cartons par pièces, puis par priorité, avec une couleur différente pour le premier soir. J’ai écrit les étiquettes sur 3 faces, parce que dans un escalier ou un couloir, on ne voit jamais le dessus.

J’ai aussi séparé les objets lourds des fragiles, sans mélange cette fois. Les assiettes sont allées dans un carton plus petit, avec du papier au fond, et les livres dans des boîtes qui tenaient mieux la charge. Le carton « priorité 1 » a reçu un ruban bleu, et je l’ai laissé en haut de la pile pour l’ouvrir tout de suite.

Le scotch a changé aussi. J’ai pris un ruban plus large, et je l’ai croisé en H sur les rabats, parce que les anciens bords ressortaient déjà après le trajet. Ça m’a coûté 19 euros mais les cartons ont arrêté de s’ouvrir au pire moment.

Ce que j’ai retenu après des mois de vie commune et de rangement

Au fil des mois, j’ai compris que le rangement à deux se joue moins dans les armoires que devant les cartons ouverts. Mon compagnon et moi, on a fini par se parler autrement, avec des piles devant nous et des objets qu’on touchait vraiment. Pour ma part, j’ai gardé ce réflexe de regarder la forme d’un carton avant de croire à son contenu.

Je ne referais pas les cartons fourre-tout, ni les étiquettes molles. Je ne recommencerais pas non plus à charger les livres jusqu’à ce que le fond se gondole, parce que j’ai vu le carton lâcher au moment exact où je le soulevais. Je garderais, en revanche, les boîtes par pièce et par priorité, même si ça prend plus de temps au départ.

Pour quelqu’un qui accepte de passer un week-end complet à trier, puis de refaire deux ou trois cartons, la suite devient plus simple. Pour quelqu’un qui aime garder chaque câble et chaque notice, un box temporaire peut aider, mais je n’ai pas pris cette route-là chez nous. J’avais seulement envie d’arriver à un salon où je ne trébuche pas sur un carton oublié six mois plus tard.

Mon travail d’ancienne déménageuse devenue rédactrice m’a appris une chose très simple, sans grand discours. Le tri avant l’emménagement a réduit les doublons, et les cartons trop chargés ou mal étiquetés ont créé les seuls vrais ennuis. Le soir où j’ai rangé le dernier carton marqué « priorité 1 », avec le ruban bleu de La Poste de la rue du Taur, j’ai enfin respiré.

Avatar de Célia Solé
La rédactrice